Mar 18, 2018

Portrait de photographe – Mikaël Theimer

Né à Paris, Mikaël Theimer s’installe à Montréal en 2008. Après 4 années dans le monde de la publicité, il se réinvente photographe, répondant ainsi à une quête de sens, d’humanité et de liberté. S’inspirant du blogue Humans of New-York, il co-crée Portraits de Montréal. La page Facebook homonyme a désormais dépassé les 70,000 J’aime, et a donné lieu au livre Portraits de Montréal, publié chez Guy Saint-Jean Éditeur en mai 2017. Dans le cadre du 375e anniversaire de Montréal, il est, avec Jacques Nadeau, l’un des deux photographes du livre et de l’exposition Aime comme Montréal. Mikaël prête régulièrement ses yeux à de nombreux organismes de bienfaisance, ici à Montréal, mais parfois jusqu’en Haiti, au Ghana, au Togo et à Cuba.


Pour en savoir plus : www.mikaeltheimer.com

Crédit photo : Arezoo Farahani

Photo :  Arezoo Farahani
Sujet : Mikaël Theimer, photographe

Argentique, numérique, Instagram : ça vous inspire quoi?
J’ai commencé la photographie en numérique, et je me suis vraiment habitué au fait de pouvoir shooter sans compter, et traiter mes images quasi instantanément ensuite. Mais l’argentique a quelque chose de poétique que le numérique n’aura jamais. Un négatif, c’est un objet physique, qui a encapsulé un instant de vie. L’image est là pour vrai, elle existe dans le monde réel ; ce n’est pas une simple succession de 0 et de 1 sur un disque dur…
Instagram = moyen de diffusion de ses photos + source d’inspiration.

Un accessoire photo indispensable ?
Une lentille 35mm. C’est tout ce dont j’ai besoin.

Votre meilleur conseil technique?
Je ne suis vraiment pas un gars de technique… Mais pour de la photo de rue, je suis pas mal un adepte du « f8 and be there ». Donc conseil pour les photographes de rue : f8, vitesse à 1/500s, et les ISO ajusté en conséquence. Bien sûr il faut savoir varier les plaisirs et jouer un peu avec ces paramètres 🙂

Avez-vous des rituels ou des astuces photographiques personnelles?
Le rituel c’est de toujours avoir son appareil sur soi, et prêt à shooter. Chaque fois que je change d’environnement, j’ajuste mes réglages pour être prêt à déclencher au besoin.

Provoquer ou saisir le moment?
Une pincée de provocation peut parfois donner naissance à un moment qu’il faudra ensuite saisir.

Une photo inattendue?
J’ai photographié les derniers instants de vie d’un bon ami à moi… Je savais que j’allais photographier ce moment un jour, mais il est arrivé beaucoup plus tôt que prévu. Un samedi soir, de manière totalement inattendue.

Votre lumière favorite pour la photographie?
Une belle lumière de début ou de fin de journée. Quelle originalité…

Êtes-vous studio ou extérieur, musique ou silence?
Extérieur, définitivement. Et j’ai des périodes musique, et des périodes silence.

Vous aimez ou aimeriez mélanger la photographie avec quel autre art?
Je la mélange déjà avec le son. J’aimerai maintenant la mélanger avec l’écriture et la peinture.

Retouches Photoshop : pour ou contre?
Contre. Pas sur mes photos en tout cas.

Trois mots qui évoquent Montréal?
Ouverture d’esprit, liberté d’être, modèles alternatifs.

Votre saison favorite à Montréal?
L’été. Je suis trop frileux pour les autres saisons.

La ville, vous la préférez de jour ou de nuit?
De jour. Mais je l’aime aussi beaucoup de nuit !

Quel coin de Montréal aimeriez-vous (re)découvrir?
Montréal Ouest et Montréal Nord.

Un secret montréalais que vous aimeriez partager?
Je vais y penser…

Balade à pied, à vélo ou en auto?
En scooter pour me rendre, puis une grosse balade à pied.

Une lecture pour le transport en commun?
Le Petit Prince. Et la série Fondation de Isaac Asimov.

Un personnage Montréalais que vous aimeriez photographier?
Regine Chassage et Win Butler, d’Arcade Fire. Et Patrick Watson. Et Leonard Cohen mais j’ai malheureusement manqué ma chance 🙁

Montréal, une ville où il fait bon vivre?
TELLEMENT.

Une image/un souvenir de Montréal qui vous reste en tête?
Mes premières minutes à Montréal. On est le 1er janvier 2010, j’arrive de Paris, et il a neigé toute la journée. Je découvre le manteau blanc de Montréal, et quand je sors du taxi, dans une rue du Plateau, ma jambe s’enfonce jusqu’aux genoux dans la neige. Je n’avais jamais vu autant de neige ailleurs que dans les Alpes.

Le photographe, artiste ou artisan?
Ça dépend de sa pratique. Moi je me vois définitivement plus comme un artiste.

Que pensez-vous de la proposition : l’art est un acte social?
On dirait un sujet du bac de philo 0_o Je crois que l’art peut-être un acte dénué de tout but, si ce n’est celui de créer. Mais personnellement, j’aime mieux quand il est un acte social, qui prend position, qu’il fait réfléchir, qu’il essaie de faire grandir et avancer la société.

L’acte photographique, toujours pertinent de nos jours?
Il est d’autant plus pertinent que notre civilisation approche de sa fin…

Un photographe qui vous inspire?
Robert Doisneau, Robert Frank, Eliott Erwitt.
Et JR.

Une expo photo inoubliable?
Celle d’Irving Penn.

Un travail de photographe qui traverse le temps?
Par définition, toute photographie ne traverse-t-elle pas le temps ?

Avec quel artiste montréalais aimeriez-vous collaborer?
Il y en a tellement ! Je travaille beaucoup par collaboration, alors il m’est difficile de me limiter à un seul artiste. Mais je rêve de travailler un jour avec Arcade Fire…

La Maison Photo Montréal vous donne carte blanche; vous faites quoi?
Une exposition immersive qui mêle photographies géantes et extraits sonores associés aux images. Les photographies sont imprimées à taille des murs, et recouvrent totalement les espaces. Le son est projeté dans toute la pièce. Chaque pièce propose un environnement totalement différent. Parfois ce sont des scènes de rues, capturées dans différents pays et villes, et les sons ambiants qui vont avec. Parfois ce sont des hommes, femmes et enfants, et leurs voix qui nous racontent leurs histoires.

Une exposition photo que vous aimeriez voir proposée par MPM?
Une exposition de photographie de rue présentant des images de différents photographes Montréalais.

Votre prochain projet photo?
Une collaboration avec l’artiste Cath Laporte, pour ajouter des mots à mes photos de rue.

Quelle est votre expérience du milieu photographique/artistique montréalais?
Je n’ai pas de formation artistique ou photographique, et j’évolue généralement en dehors des voies traditionnelles.

Avez-vous eu des mentors qui vous ont encouragé à persévérer dans le milieu ou avez-vous des photographes dont le parcours vous inspire? Qui sont-ils?
Pas de mentor. Mais je suis inspiré par le parcours de dizaines de photographes, dont tous ceux que j’ai cité plus haut.

Sur quel projet(s) travaillez-vous en ce moment?
Je travaille sur les organismes communautaires de Montréal, dans un projet en collaboration avec Centraide. Je travaille également sur l’exposition posthume de mon ami poète, Michel Pepin, que j’ai photographié régulièrement dans les trois dernières années de sa vie.

Comment votre travail reflète t’il vos origines?
Bonne question !
Venant d’un milieu extrêmement privilégié, j’ai tendance à m’intéresser à ceux qui ne le sont pas du tout. C’est peut-être le reflet d’une culpabilité d’avoir eu autant de chance et d’être « bien né ».

Un conseil à donner pour les photographes de la relève issus de la diversité culturelle?
Non pas vraiment. Aux photographes de la relève tout court non plus d’ailleurs, puisque j’en suis un moi-même 😀
Peut-être juste : prend des photos, prend encore des photos, et prend toujours des photos.

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