Mai 18, 2018

Portrait de photographe – Thibault Carron

Thibault a tout d’abord étudié et travaillé plusieurs années dans le domaine financier avant de faire le grand saut en photographie. Après un retour aux études en photographie au Collège Marsan, il co-fonde le blog photo Portraits de/of Montréal et travaille comme photographe commercial ainsi que documentaire. Thibault est né en France et habite Montréal depuis 2006.

Pour en savoir plus : www.thibaultcarron.com

Crédit Photo : Toma Ickovits

Photo :  Toma Ickovits
Sujet : Thibault Carron, photographe

Argentique, numérique, Instagram : ça vous inspire quoi?
Peu importe le médium, c’est le regard et le processus créatif du photographe qui comptent. Ceci-dit, j’ai toujours eu un peu plus d’admiration pour les photographes qui travaillent en argentique, l’effet de surprise et de découverte ayant quasiment disparu avec le numérique…

Un accessoire photo indispensable ?
L’écoute, c’est l’outil qui m’a ouvert les plus belles portes vers les humains qui nous entourent.

Votre meilleur conseil technique?
Ouvrir à intervalles réguliers le deuxième œil quand le premier est dans le viseur pour garder en tête le contexte de l’image.

Avez-vous des rituels ou des astuces photographiques personnelles?
J’essaie de ne pas laisser l’appareil se mettre entre moi et ce que je vis. Je préfère parfois laisser filer une opportunité photo plutôt que de manquer un moment qui me nourrira peut-être davantage par lui-même.

Provoquer ou saisir le moment?
Toujours saisir quand il s’agit de représenter la réalité, mais je n’ai rien contre la mise en scène si le sujet s’y prête et qu’il n’y a pas d’ambiguïté quant à la manipulation de la réalité dans le résultat final.

Une photo inattendue?
Ma première photo de Portraits de Montréal. Je n’avais jamais osé arrêter une personne dans la rue pour la photographier, et la première rencontre s’est révélée tellement facile et enrichissante qu’elle m’a donné le courage d’engager les suivantes.

Votre lumière favorite pour la photographie?
Des rayons de lumière qui traversent un ciel orageux.

Êtes-vous studio ou extérieur, musique ou silence?
Presque toujours en extérieur, et peut-être trop souvent en musique, qui m’inspire beaucoup, mais m’isole parfois de la réalité qui m’entoure.

Vous aimez ou aimeriez mélanger la photographie avec quel autre art?
J’aimerais la mélanger à la peinture ou au dessin, mais plus dans le sens théâtral d’un tableau, réfléchi et mis en scène, tout en gardant un pied dans la réalité. Un genre de mélange entre la photographie documentaire et le pictorialisme.

Retouches Photoshop : pour ou contre?
Dès lors que le contenu d’une image est photoshopée, elle tombe pour moi dans le graphisme. Ça peut être très beau et intéressant, mais ce n’est plus de la photographie. La réalité, même éventuellement travestie par la mise en scène, n’est plus représentée.

Trois mots qui évoquent Montréal?
Humaine, vibrante et heureuse.

Votre saison favorite à Montréal?
Le début de l’automne, quand la chaleur de l’été laisse sa place aux couleurs.

La ville, vous la préférez de jour ou de nuit?
J’ai toujours préféré le calme relatif de la nuit en ville, mais je n’ai pas de préférence pour la photo.

Quel coin de Montréal aimeriez-vous (re)découvrir?
Les bâtiments qui font partie de l’histoire de Montréal et qui ont été abandonnés pratiquement du jour au lendemain, comme si le temps avait été figé à l’intérieur (je pense entre autres au Royal Vic).

Un secret montréalais que vous aimeriez partager?
N’hésitez jamais à parler à un Montréalais dans la rue, vous ferez votre journée et la sienne.

Balade à pied, à vélo ou en auto?
À pied et à vélo, pour éviter l’auto autant que possible, et la STM, même si le métro est très inspirant pour la photographie.

Une lecture pour le transport en commun?
Jules Verne ou René Barjavel.

Un personnage Montréalais que vous aimeriez photographier?
Jackie Robinson, s’il était encore des nôtres.

Montréal, une ville où il fait bon vivre?
Oui ! Sauf sur les routes, et à la fin de l’hiver.

Une image/un souvenir de Montréal qui vous reste en tête?
Mon premier passage à Montréal en 2005 avant de venir m’installer : il pleuvait, il faisait froid, tout me paraissait laid. Douze ans plus tard, j’ai appris à voir bien au-delà des apparences.

Le photographe, artiste ou artisan?
Les deux ! Chacun apporte un regard singulier sur un sujet et développe sa vision avec la pratique et l’expérience.

Que pensez-vous de la proposition : l’art est un acte social?
Tout à fait d’accord ! C’est une forme d’expression très forte qui démontre toujours un point de vue, même dans sa forme la plus objective.

L’acte photographique, toujours pertinent de nos jours?
Plus que jamais ! Dans la création, l’expression, l’art, mais aussi et surtout dans la façon dont les (vraies) informations sont véhiculées.

Un photographe qui vous inspire?
Lynsey Addario pour son regard sur les grands enjeux de société et sa capacité à faire oublier sa présence.
Une expo photo inoubliable?
La galerie de Paul Nicklen à New York, ses magnifiques photos animalières témoignant de l’importance de protéger notre environnement et de réduire considérablement notre impact dessus.

Un travail de photographe qui traverse le temps?
Celui d’Henri Cartier-Bresson, pour ses compositions parfaites et sa patience.

Avec quel artiste montréalais aimeriez-vous collaborer?
Je laisse cette question au hasard des rencontres, le résultat a toujours été plus beau pour moi comme ça.

Une exposition photo que vous aimeriez voir proposée par Maison Photo Montréal?
Une exposition réservée au regard des femmes sur la société. Je trouve qu’on célèbre beaucoup (trop) le point de vue masculin dans la photographie, comme dans beaucoup d’autres domaines.

Votre prochain projet photo?
Une plongée dans la solitude de nos aînés, mais je n’en dirais pas plus…

Quelle est votre expérience du milieu photographique/artistique montréalais?
J’aime échanger avec autant d’artistes que possible, mais je ne fais partie d’aucun regroupement spécifique.

Avez-vous eu des mentors qui vous ont encouragé à persévérer dans le milieu ou avez-vous des photographes dont le parcours vous inspire? Qui sont-ils?
Les photographes qui m’inspirent sont tous ceux qui mettent leur appareil photo au service de leurs valeurs (humanistes, de préférence). Mais je suis aussi heureux que Mikaël Theimer et moi ayons démarré et poursuivions notre parcours ensemble à travers de nombreuses collaborations.

Sur quel projet(s) travaillez-vous en ce moment?
Portraits de Montréal, toujours, pour explorer et rassembler la diversité humaine. La Bibliothèque Vivante avec la BAnQ. Et des portraits d’organismes avec Centraide.

De quelle façon votre travail reflète vos origines?
Je m’estime extrêmement chanceux d’avoir eu, grâce à ma famille et mes proches, l’espace de développer un regard critique et humaniste (je l’espère en tout cas) que je peux maintenant mettre au service des autres.

Un conseil à donner pour les photographes de la relève issus de la diversité culturelle?
Vos regards sur le monde sont uniques de par vos parcours et vos origines, ne les cachez jamais !

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