Nov 1, 2018

Portrait de photographe – Jessica Valoise

Jessica Valoise est une photographe d’origine française installée au Canada depuis 2013. Aimantée par l’art, elle s’attelle à documenter l’acte créatif et performatif à travers les concerts et la photographie de plateau (cinéma).

Pluridisciplinaire, elle travaille également la peinture et la vidéo ainsi que des carnets de voyage mêlant écriture et photographies sous forme de blog. Ses photographies de concert ont fait l’objet d’une exposition collective au festival Hip-Hop You Don ’t Stop en 2016.

Pour en savoir plus : http://www.jessicavaloise.com/

Photo :  Kiran Ambwani
Sujet : Jessica Valoise, photographe

Questions Photo

Argentique, numérique, Instagram : ça vous inspire quoi?

Argentique : Souvenirs. Mon père est un passionné de photographie, et il avait des appareils plus jeune. Et à l’école primaire on avait eu un atelier photo avec développement en chambre noir etc. J’étais jeune, 7 ou 8 ans, ça reste des souvenirs un peu vagues.

Numérique : Accessibilité. Le numérique rend la photo plus facilement accessible, que ça soit d’un point de vue économique ou technique.

Instagram : Surconsommation et surproduction. Un reflet de notre société actuelle. Mais aussi ouverture sur le monde. J’y ai noué d’importants contacts ainsi que des amitiés, comme avec par exemple Lisa Simone, la fille de Nina Simone.

Un accessoire photo indispensable ?

L’oeil observateur.

Votre meilleur conseil technique?

Apprendre, en permanence, et pratiquer chaque jour, même sans caméra. C’est-à-dire visualiser des cadrages sans prendre de photos.

Avez-vous des rituels ou des astuces photographiques personnelles?

Je fais toujours en sorte d’arriver plusieurs dizaines de minutes à l’avance à l’événement que je dois photographier. Je rentre là dans une sorte de zone mentale où je me connecte à l’énergie de lieu, du moment, des gens… C’est pour ça que j’écourte les conversations lorsque je photographie des spectacles. Ça me permet d’être vraiment dans les mêmes vibrations que les musiciens, et à un moment donné, c’est comme si je faisais partie du show. Je fais aussi en sorte d’être la plus discrète possible – en plus d’être complètement concentrée dans le moment – , que l’on ne me voit pas ou que l’on oublie que je suis en train de prendre des photos. C’est comme ça que j’arrive à anticiper puis capturer des moments précieux.

Provoquer ou saisir le moment?

Saisir le moment. C’est principalement ce que je fais, de l’événementiel. Je me suis essayée aux portraits etc., mais visiblement je n’ai pas le truc pour provoquer le moment – à part quand ce sont des personnes que je connais très bien personnellement.

Une photo inattendue?

Cette photo – J’étais dans les rues de Calcutta, et je voulais filmer l’ambiance oppressante et effervescente de la ville. Je portais ma caméra en bandoulière, et j’aurai déclenché une photo, que je n’ai vu qu’au moment du transfert sur mon ordinateur. Je l’aime bien, le flou, le cadrage de travers, quelques personnes, mon ombre… ça donne une impression un peu bourrée, qui peut être un parallèle au sentiment que l’on ressent dans cette sur-stimulation sensorielle.

Votre lumière favorite pour la photographie?

Comme je fais principalement de la photo de concert, c’est les fortes lumières blanches en faisceaux qui me permettent de jouer avec.

Êtes-vous studio ou extérieur, musique ou silence?

Extérieur, toujours en musique.

Vous aimez ou aimeriez mélanger la photographie avec quel autre art?

La peinture.

Retouches Photoshop : pour ou contre?

Ni pour, ni contre. De manière générale, je n’y vois pas de mal, chacun son travail. Là où ça pose problème c’est quand ça laisse croire que c’est la réalité.

Questions Montréal

Trois mots qui évoquent Montréal?

Paisible. Libre. Créative.

Votre saison favorite à Montréal?

L’été, évidemment!

La ville, vous la préférez de jour ou de nuit?

Les deux.

Quel coin de Montréal aimeriez-vous (re)découvrir?

L’Ouest de l’île.

Un secret montréalais que vous aimeriez partager?

Quand on arrive à Montréal, on se demande quoi voir, que faire… Montréal se vit, il faut se promener dans les rues et ruelles sans but précis, et parler aux gens (ou se laisser aborder par les gens) ! C’est la meilleure façon de la découvrir et de l’apprécier.

Balade à pied, à vélo ou tjrs en auto?

À vélo! Liberté et rapidité!

Une lecture pour le transport en commun?

Les journaux. J’aime bien y voir le type d’images publiées, que ça soit pour les articles ou les publicités.

Un personnage Montréalais que vous aimeriez photographier?

Céline Dion. Ou Xavier Dolan.

Montréal, une ville où il fait bon vivre?

Je dirais même, Montréal, LA ville où il fait bon vivre (sauf en hiver).

Une image/un souvenir de Montréal qui vous reste en tête?

Été 2014, je suis là depuis un an. Nous revenons de la dernière journée d’Osheaga, le dernier concert s’était terminé avec des feux d’artifices en arrière-plan, et la Lune presque pleine… Nous prenons le métro, archi blindé. Arrivées à Berri, il y a un chanteur dans le couloir juste en bas des escaliers roulants, il chante Come Together d’Aerosmith. Arrivée au refrain, c’est plus de trois cents personnes qui chantent tous en coeur, c’était juste magique. Je l’ai filmé : https://www.facebook.com/jessicavaloise/videos/vl.107553969907431/1871587953165456

Questions Maison

Le photographe, artiste ou artisan?

Ça dépend de la démarche et du domaine. Il y a des artistes et des artisans.

Que pensez-vous de la proposition : l’art est un acte social?

Si je peux, j’aimerai citer Madame Christiane Taubira, ancienne ministre de la justice en France, qui a créé la loi qui reconnaît l’esclavage comme crime contre l’humanité et qui a défendu le projet de loi permettant aux personnes de même sexe de se marier, entre beaucoup d’autres choses :

« La place des artistes et des arts est essentielle pour nos équilibres. »

L’acte photographique, toujours pertinent de nos jours?

Tellement. Aujourd’hui, un événement, un lieu, une personne, n’existent pas s’ils ne sont pas photographiés.

Un photographe qui vous inspire?

Vivian Maier, pour qui la création était une fin en soi.

Une expo photo inoubliable?

Celle de Nikos Aliagas à la Conciergerie de Paris, « Corps et Âmes », qui pendant deux ans, m’a fait remettre toute ma démarche artistique en question afin de lui donner plus de sens.

Un travail de photographe qui traverse le temps?

Je pense que c’est le but de la photographie, qu’elle traverse le temps. Alors je dirais tous.

Avec quel artiste montréalais aimeriez-vous collaborer?

J’ai déjà collaboré avec pas mal d’artistes que j’apprécie ici… J’ai travaillé pendant 3 jours aux côtés de Xavier Dolan sur un tournage, je dirai que j’aimerai répéter l’expérience avec une réelle collaboration.

La Maison de la Photo de Montréal vous donne carte blanche; vous faites quoi?

Une exposition interactive et immersive sur mes voyages, en plaçant l’humain au centre et en faisant un lien entre tous les pays.

Une exposition photo que vous aimeriez voir proposée par MPM?

J’aimerai bien voir quelque chose de purement artistique, comme une exposition de photos abstraites.

Ou alors une exposition anonyme réunissant des dizaines de photographes sur un même sujet, et on ne saurait pas si ce sont des hommes, des femmes, des non-genrés, des blancs, des noirs, des jaunes, qui ont pris les photos.

Votre prochain projet photo?

Je travaille sur des reportages d’artistes dans les coulisses de leur création.

Questions « Diversité Culturelle »

Quelle est votre expérience du milieu photographique/artistique montréalais?

J’évolue complètement dans le milieu artistique, principalement urbain : musique, humour, cinéma… C’est ce qui me fait vibrer, donc j’ai une assez bonne connaissance de ce milieu-là.

Avez-vous eu des mentors qui vous ont encouragé à persévérer dans le milieu ou avez-vous des photographes dont le parcours vous inspire? Qui sont-ils?

Il y a eu principalement Enock – https://www.facebook.com/enockhomedia/ – qui m’a beaucoup aidé aux débuts et parfois encore aujourd’hui, en photo et en vidéo. Plusieurs amis comme Sébastien – http://www.spry.fr/ -, Carlos – https://www.facebook.com/brancompany/, Hicham – http://www.revolvizion.com/ -, et j’en passe, qui ont toujours eu la patience et la gentillesse de répondre à mes nombreuses questions. Aujourd’hui, dès que je rencontre des nouveaux photographes, qu’ils soient débutants ou confirmés, je leur pose plein de questions, je réponds aux leurs et on échange comme ça, c’est toujours super enrichissant. Et sinon, je me suis formée seule en regardant des vidéos et en lisant des livres. J’en parle ici : http://www.jessicavaloise.com/comment-jai-appris-la-photo/.

Sur quel projet(s) travaillez-vous en ce moment?

En plus des reportages d’artistes dans les coulisses de leur création, je travaille sur une série de peintures inspirées de musique, ainsi que sur la préparation d’un documentaire vidéo avec Village Monde.

Comment votre travail reflète t’il vos origines?

Par mes origines sociales, je dirais l’art de la débrouille et la créativité : faire avec ce qu’on a et les moyens – le manque de moyens en l’occurrence, sans se mettre de barrière. Pour mes origines ethniques, la société m’identifie à mes origines, mais moi, je ne m’y identifie pas en particulier. Donc je dirais que l’on retrouve ça dans la diversité de mon approche et de mes sujets, où les origines, qu’elles soient ethniques ou sociales, ne sont pas le thème premier.

Un conseil à donner pour les photographes de la relève issus de la diversité culturelle?

Notre diversité culturelle est un grand atout car nous avons de base une ouverture sur le monde absolument indispensable dans la photographie, et l’art de manière générale. Il faut se servir de nos atouts et enfoncer les portes qui nous sont fermées.

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